De 1955 à 1986, l’École Supérieure d’ Études Chorégraphiques (E.S.E.C) a prodigué une formation en danse pour des élèves admis à partir de 16 ans. Le cursus proposait deux spécialités : préparation à la scène ou au professorat. Cette école, institution privée, fut fondée par Théodore d’Erlanger, musicologue, né en Russie en 1888, qui, à son arrivée à Paris dans les années 20 s’inquiéta de l’ignorance des danseurs. C’est la raison pour laquelle il fonda (en 1955) l’école installée dans son hôtel particulier, 132 avenue de Villiers à Paris.
A la mort de son mécène (en 1971), l’école s’installa au 24 Passage des Panoramas et fut dirigée par Pierre Lucas, professeur d’histoire du théâtre. En 1974, Paul Bourcier obtint pour l’école un partenariat avec l’université Paris VII, croisant ainsi université et école de danse de manière totalement inédite, et permettant aux élèves de valider des UV.
La grande spécificité de l’E.S.E.C était dans la culture générale qu’elle entendait dispenser. La liste des matières enseignées témoigne d’une ambition étonnante : histoire de la danse, de l’art, du théâtre, de la musique, principes de la danse classique, cinétographie Laban, anatomie et physiologie, droit, ethnologie, création de ballets, critiques chorégraphiques ….. et les professeurs étaient des personnalités prestigieuses. (Dinnah Maggie, Edmond Linval,Germaine Prudhommeau, Gilbert Canova, Boris Traïline, Atty Chadinoff, Jacqueline Challet-Haas..)
C’est l’école qui a posé, une des premières, la base d’une réflexion sur la pédagogie de la danse et qui permettait à ses élèves d’entrer dans une école sérieuse et diplômante. Son cursus a servi de base à l’actuel diplôme d’état de professeur de danse.
L’École Supérieure d’Études Chorégraphiques a été mon école pendant 3 ans, j’ai fait deux années par correspondance (cours mis en place en 1962) et la dernière sur place (c’est la raison pour laquelle je suis venue habiter à Paris). Ma promotion avait même obtenu, à l’époque, la mise en place d’une sorte de 4ème année, assez libre, mais qui permit de continuer les cours de danse et de travailler sur des compositions chorégraphiques sous l’oeil attentif et percutant de Gilbert (Canova).
Si beaucoup de gens, danseurs et chercheurs, aujourd’hui, ont oublié cette école, j’en tire encore une immense fierté. La grande majorité de ma culture nécessaire à mon travail vient de là ainsi que ma curiosité et mon sens critique probablement. C’est là, aussi, que j’ai rencontré la cinétographie Laban (avec Jacqueline Challet-Haas que j’ai retrouvé 13 ans plus tard au CNSMDP) qui était obligatoire en 1ere année. Cela n’existe plus, aujourd’hui, dans aucune école de formation des danseurs ou des professeurs de danse, ni d’ailleurs un aussi vaste espace de formation.
Visites de musées, chorégraphies collectives, rédaction de mémoires ou enquête de terrain faisaient partie de notre quotidien. J’ai le souvenir, dans mes années par correspondance d’avoir fait une enquête poussée sur un groupe de danse provençale à Cannes, de les avoir suivi dans leurs représentations, détaillé les différentes danses.
“Donner une culture aux danseurs”, merci Monsieur d’Erlanger.
Filed under: cinétographie, danse, Laban, notation, Paris Tagué: | danse, E.S.E.C, Laban, notation, Paris






je me souviens avoir assisté à une répet que vous faisiez dans les locaux du passage panorama et j’étais fascinée par votre travail alliant mémoire des mouvements grâce et harmonie,souplesse et virtuosité…bravo pour ce texte qui nous fait mieux comprendre ta passion
je me souviens………. c’est ton professeur de danse de Cannes qui t’avait conseillé cette école à paris, et j’ai compris l’importance de cet enseignement être professeur de danse ce n’est pas seulement enseigné quelques gestes !!!!! tu as appris énormément de choses dans beaucoup de domaines et …..je me souviens bien sùr de t’avoir accompagnée voir la troupe de danses provençales….c’étaient de bons moments joyeux….et j’ai été triste comme toi que cette école disparaisse alors qu’elle était précieuse !! hélas maintenant il n’y a que l’argent qui mène “la ronde” …pas rentable …on supprime …. et avec toute la richesse intellectuelle…..
C’est vrai, c’est Madame Mahé qui m’avait conseillé l’ESEC.
Quand je lui avait dit que je voulais être professeur de danse, elle m’avait dit : tu as 2 solutions, ou tu trouves un local et tu t’installes (on pouvait faire ça à l’époque !), ou bien il y a cette école (dont elle avait été l’élève, bien sûr). J’ai choisi.
Bonjour Pascale, c’est fou, tu parles bien d’Elisabeth Mahé ?
Elle m’a également aiguillée vers l’ESEC et a été mon premier professeur “déclancheur” avant Gilbert Canova……..Tu étais donc à Maurepas ? Nous nous sommes peut-être connues qui sait. En tous les cas, je suis ravie de ton blog et de pouvoir faire partie du site sur facebook où j’ai d’ailleurs fait une bafouille sur le sujet.
Belles journée à toi et à vous toutes.
Véronique Lachaise (Dubois).
Bonjour Véronique, non il ne s’agit pas d’Elisabeth Mahé à Maurepas, mais de Monique Mahé au Cannet, près de Cannes. Mais peu importe, c’est bien de voir que de nombreux professeurs ont heureusement aiguillé leurs élèves vers cette école. C’est fou de voir combien cet article a touché du monde, j’en suis bien contente car je trouve qu’on n’ a pas assez rendu hommage à cette école et à tous ses enseignants i
J’ai un immense plaisir à lire quelques lignes sur Gilbert Canova, qui a été mon professeur (maître devrais-je dire) pendant les dernières années de sa vie. Je crois qu’on ne se rendait pas vraiment compte à l’époque de la chance que l’on avait de bénéficier de son enseignement lors des stages qu’il venait nous dispenser. Mais certains de mes meilleurs souvenirs de danse viennent des cours avec lui (même si c’était dans la souffrance souvent) et des ballets qu’il a chorégraphié pour notre école (que j’y ai participé ou pas).
la souffrance, oui bien sûr. Je sais que je suis dure à la douleur à cause ou grâce à lui.
Mais j’ai aussi le souvenir de fous rires quand il nous racontait des anecdotes de sa vie dans les cours de pédagogie ou de complicité même, quand, en colère après les 3/4 de la classe, il venait s’accroupir devant moi et me tannait : “pose tes talons, Pascale, pose tes talons!”. Et oui le plié n’était pas mon fort.
J’ai aussi le souvenir, bien après l’ESEC, d’un cours où il avait crié après tout le monde et alors que tous étaient pétrifiés, ça m’avait fait rire, parce que j’avais fait, la veille, la même réflexion à mes élèves d’alors. Avec un petit sourire, il m’avait dit : ” je sais bien pourquoi tu ris”. Oui, complicité avec mon maître, c’est vrai.
moi j’ai surtout souvenir de mon premier contact avec lui, où la personne pétrifiée c’était moi, petite gamine de 11 ans, collée à ma barre et incapable de bouger (oui, je sais, je n’aurais pas du copier, ce que je n’ai d’ailleurs plus jamais fait depuis), mais surtout, grâce à ça, j’ai découvert à quel point je savais faire face, et même si j’ai mis quelques dizaines de minutes à me remettre, j’ai eu à coeur toutes les années suivantes de lui montrer que je ne me laissais pas abattre. Et je crois que c’est comme ça que j’ai gagné son respect.
Et même si les coups de gueulantes sont certes marquant, on a aussi beaucoup ri.
ça me fait bien plaisr de reparler de lui après toutes ces années.
Super, ton texte , Pascale. J’ai été élève de l’ESEC et j’aimerais en parler et t’envoyer des photos si tu veux bien me donner ton adresse-mail.
Julie
Bonjour les filles, j’ai moi aussi été élève de ce maître qui m’a tant appris et qui veille toujours sur moi, j’en suis sûre, quand je donne mes cours…de danse! J’ai été élève la toute dernière année de l’ESEC (1983-1984). Je suis rentrée directement en 2ème année car nous n’avions été que 3 à être prises à l’audition et ils ne voulaient pas créer une première année pour si peu d’élèves. Et à Noël, nous avons appris que l’école fermait pour des raisons fnancières, et nous prenions désormais nos cours dans un studio rue de Chabrol. Je suis toujours passionnée par l’enseignement de la danse, entièrement grâce à lui. Il était peut-être dur parfois (mais j’avais connu pire avant lui!), mais je le trouvais juste et tellement passionnant!
En tout cas, je me rends compte que je ne suis pas la seule à avoir été fascinée par cet homme. Mon seul regret est de ne pas le lui avoir dit! Je ne suis pas croyante, mais je crois bizarrement en lui et en sa bienveillance dans mon parcours professionnel. Ravie de vous avoir lues.
Marie-Anne
Pour tous ceux et celles que cela intéresse, je voudrais signaler que Jacqueline Challet-Haas a déposé toutes ses archives concernant l’E.S.E.C à la médiathèque du Centre national de la danse.
ESEC 1971-1974