Il y a aujourd’hui un siècle exactement, un infortuné et merveilleux poète, le plus sombre des désespérés, écrivit cette prophétie : A l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.
Je crois à cette prophétie de Rimbaud, le visionnaire. Je viens d’une obscure province, d’un pays séparé de tous les autres par la géographie abrupte. J’ai été le plus abandonné des poètes et ma poésie a été régionale, douloureuse et pluvieuse.
Mais j’ai toujours gardé confiance en l’homme. Je n’ai jamais perdu l’espoir. C’est peut-être pourquoi je suis arrivé jusqu’ici avec ma poésie, et aussi avec mon drapeau.
Pour conclure, je dois dire aux hommes de bonne volonté, aux travailleurs, aux poètes, que l’avenir tout entier a été exprimé dans cette phrase de Rimbaud : seul avec une ardente patience nous conquerrons la ville splendide qui donnera lumière, justice et dignité à tous les hommes.
Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain.
(Pablo Neruda, extrait du discours prononcé à l’occasion de la remise du Prix Nobel de Littérature, 1971)
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